Comme tous les Français mis en quarantaine chez eux, perdant leur liberté pour le manque de préparation et la gestion managériale de la santé de cette république agonisante et assassine, nous ne pouvons plus nous réunir avec nos gilets jaunes fièrement enfilés.

Il est vrai qu’on les mettait moins souvent, que la stratégie du pourrissement des débats organisés par l’Élysée, avec la plus grande complicité des media oligarchiques débitant en continue mensonges et stupidités, nous avait affaiblis. L’assurance dans la justesse de nos diagnostiques et la validité de nos craintes n’étaient pas ébranlée. Elle se révèle même, aujourd’hui que le techno-fascisme avance par ordonnances et qu’on ne sait pas trop comment cette société va ressortir de cette épreuve, d’une terrible vérité. Mais nous cherchions des modes d’action autres que la manifestation de rue, sympathique mais chronophage, sous les regards vides et indifférents de consommateurs abrutis plus occupés de faire leurs courses que de penser leur avenir. On a revu ces gens-là aller se précipiter pour acheter des pâtes et du papier toilette ; les dormeurs se réveillent en paniquant mais nous ne sommes pas revanchards. On a vu les insouciants d’hier venir se droguer au catastrophisme outrancier devant leur télévision, et accepter des mesures scandaleuses sans le moindre mouvement de révolte. Nous, nous n’avons pas changé.

Nous reconnaissons avec tristesse que nous n’avons pas réussi à transformer notre énergie en véritable force politique, dans son sens le plus noble du terme. Nous avons été des Cassandre ignorés par trop de gens englués dans la société de consommation, celle-là même qui s’effondre déjà silencieusement sur leurs têtes et risquent de les laisser nus et pleurant. Nous avons refusé de détruire le Système en jouant le jeu du Système, ce qui est le meilleur moyen d’être dilué en son sein. De la sorte, nous nous sommes condamnés à l’épuisement et à la marginalisation progressive, malgré le miracle social historique qu’était notre mouvement.

Néanmoins, si nous ne pouvons porter nos gilets jaunes et si le mouvement gilets jaunes en lui-même n’a peut-être plus sa raison d’exister, nous refusons de retourner à l’état de résignation isolée qui était le nôtre jusqu’à novembre 2018. Nous avions construit des cabanes, allumé des feux de camps, habillé la Statue de la Liberté et battu le pavé dans toutes les grandes villes d’Alsace, Belfort et jusqu’à Paris. Quelque chose de l’esprit jaune, de notre héritage de Gaulois réfractaires, de Francs (ou hommes libres), doit rester de tout cela.

Alors, comme nous avons assez critiqué les presses nationales et locales, aux mains de quelques oligarques ou de banques, abondamment subventionnées par l’État pour éviter qu’elles disparaissent dans l’indifférence général, tant le mensonge et la paresse intellectuelle y règnent, nous avons décidé que le feu de nos ronds-points brûlerait encore dans les colonnes d’une presse populaire, faits par les gens d’en bas, sans novlangue, sans compromis idéologique, sans directives venues d’en haut ou intériorisées par des journalistes souvent formés au copier-coller conformiste, touilleurs de nouilleries et passe-plats d’experts en rien, sinon en enfumage. Que les sociologiques de plateaux télévisuels appellent ça comme ils le veulent, du néo-gilet-jaunisme, de l’überpopulisme, de la conscience post-prolétarienne libérale supra-poujadiste, qu’ils s’amusent et épatent la galerie. Nous, notre projet c’est de sauver la France du techno-fascisme conquérant, et nos territoires de la guerre civile.

Entête : « Gilet Jaune graffiti @ Poisy » par Guilhem Vellut

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